Plus-que-parfait
Ce serait quelque chose de génial, de posséder son propre monde.
Un Univers unique, regroupant nos questions, les milliers de réponses qui les accompagnent, et notre vie que nous regarderions défiler au gré de nos envies. Comme dans un jeu d’échec, nous déplacerions les pions un à un, en accord avec nos buts, nos humeurs ou tout simplement notre idéal. Un monde cool, moderne, vintage, délirant ou gigantesque, un monde qui nous conviendrait, où nous nous sentirions pleinement en sécurité, sans pour autant surprotégé.
Un monde assez sympa, où il ferait bon vivre, dans lequel vos voisins ne feraient pas trop de bruit avec la tondeuse par un dimanche matin, ou dans lequel vous auriez une île à vous seul, pour éviter ce genre de désagrément. Un Univers pour lequel vous auriez passé des années à bâtir le meilleur, où chaque jour les soldes scintilleraient dans les reflets de la pleine Lune, aux alentours de midi, où les étoiles filantes traverseraient la mer, accompagnant les dauphins aux ailes saphir, où les sourires ne seraient plus factices, les amis ne seraient plus mielleux, où les films américains finiraient mal certaines fois, où les hommes seraient heureux de voir leur progéniture crier pendant un match, où les insectes ne bourdonneraient plus, où les chiens seraient capables de parler…
Un monde parfait.
Et ce qui serait encore mieux, ce serait de visiter le parfait des autres, voir à quel point les opinions divergeraient, à quel point les avis seraient différents, le parfait d’un autre pourrait être l’imparfait pour vous, un monde où vous brûleriez, où les maisons seraient à onze étages, où les piscines seraient remplies de vins mousseux, où les chats seraient les meilleurs amis de l’Homme.
Un univers où la mer ne serait plus salée, où les montagnes ne seraient plus si hautes, où les chalets posséderaient tous leur cheminée. Un monde dans lequel les vagues seraient constantes, bien que le vent soit endormi à jamais, où l’air soit en permanence frais, bien que l’air chaud brillerait dans vos cheveux. Un monde où vous frissonneriez dès qu’une mouche grosse comme un poing viendrait se poser sur votre épaule, vous remettre une lettre du cheval à cinq pattes, écrite en rose et parfumée à la cannelle.
Un monde où les papillons vivraient éternellement, où les lapins hiberneraient, un univers dans lequel vous vous lèveriez à minuit, et que vous verriez deux soleils briller dans le ciel pourpre, et où les anneaux de Saturne frôleraient les pommiers à chaque saison, épiçant les fruits de leur nappage au curry, où les étoiles seraient constamment allumées, et où les nuages, multicolores et sépias, vous livreraient vos désirs sur un plateau d’argent, si tant est que vous sachiez ce que vous aimeriez.
Un monde si imparfait pour vous, mais si parfait pour l’autre, que vous seriez touché de son air nostalgique lorsqu’il vous y accueillerait, un monde que vous accepteriez sans problème, si vous aviez la certitude que l’autre resterait à jamais à vos côtés, un monde pour lequel vous seriez prêt à sacrifier le vôtre, à sacrifier vos rêves, un monde pour lequel vous oseriez n’en jamais revenir.
On dit que c’est ça, l’Amour.
Peut-être que ce jour-là…
Peut-être qu’un jour, sur une de ces gondoles à Venise, dans une ruelle à Genève ou au fond d’un vieux café de Paris, on se reverra.
Peut-être qu’un jour, tu arriveras, les cheveux dégoulinant de l’averse d’été tombée plus tôt, peut-être que ce jour, sans savoir pourquoi, tu te dirigeras vers moi.Tu me souriras, l’air ailleurs, en aillant l’impression de me connaître. Peut-être que ce jour-là, tu m’observeras étrangement, comme si nous nous étions quittés la veille, et sentant un regard sur moi, je lèverai la tête.
Nos yeux se croiseront, et je me sentirai euphorique, comme tu me l’avais si bien dit, sans savoir pourquoi. Les joues roses, je t’inviterai à t’asseoir avec moi, sans une pensée que tu pourrais m’être inconnu. Tu t’installeras, tu commanderas un café, et toujours sans aucun mot, ton expression me fera comprendre que nous étions amis, il y aurait des années de cela.
Ton rire me fera me sentir chez moi, et une joie s’emparera de moi, et tu n’auras pas besoin de te présenter, car ce nom, des siècles plus tôt, je l’aurais répété tellement de fois, qu’il était gravé dans ma mémoire. Ton âge, tu ne le diras pas, parce que c’est ce qui nous avait séparé, et ce jour-là, il n’aura plus d’importance. Tu me tendras ta main, l’air de rien, et je m’en emparerai, ces doigts que j’avais rêvé d’entremêler aux miens, à une période où tout me semblait possible.
Nous en avions parlé, nous en avions rêvé, le temps de quelques mois, le temps de penser à tout sauf à la réalité. Nous nous étions dit que la vie était devant nous, que nous aurions pu nous aimer, que la distance n’était rien en comparaison de ton insouciance, de ma folie adolescente.
Ce jour-là, je me blottirai contre toi, je sentirai ton odeur que j’avais si bien imaginée, nous nous baladerions comme si rien n’était important, comme si tout était à nous. Ce jour-là, je me sentirai comme je l’avais deviné, mais tellement mieux que la meilleure pensée n’aurait su égaler le vent frais soufflant dans tes cheveux, l’air chaud et le soleil doré d’une fin d’été nostalgique, juste avant le crépuscule…
Une pensée pas si débile
Un nouveau mercredi, un jour qui ne sert pas à grand chose, si ce n’est voir courir des gamins à longueur de journée, se rappeler qu’il faut au moins attendre encore deux jours pour le week-end, se dire que demain c’est jeudi, que jeudi c’est nul, et que dans moins de 600 heures, on est lundi.
Et puis ça recommence. En fait, quand on y réfléchit bien, les jours sont tous pareils, il n’y a rien de différent, rien ne varie, en dehors du vulgaire nom que l’Humain lui a donné. Donc, en partant de ce principe, c’est débile de ne pas aimer le mercredi, alors qu’il est comme tous les autres.
Long et nuageux. Ça revient presque à du racisme.
Après avoir maudit le mercredi, je me dis souvent qu’on dirait que j’ai fumé, pour écrire des choses sans queue ni tête, et après une pensée tordue sur ce jeu de mot, je me dis qu’il faudrait bien écrire quelque chose de potable, une fois.
C’est quoi, quelque chose de potable ?
Quelque chose avec un autre sujet que mes raisonnements sans principe, mes idées sans début et mes fins qui ne justifient pas du tout mes moyens.
Alors je me mets à réfléchir, à penser, je me lève, je fais trois pas jusqu’à la cuisine, où je me plante devant le frigo, puis sans rien prendre, je me traîne vers mon armoire, et puis j’entends l’alarme du frigo, qui me rappelle que je n’ai pas fermé la porte, je me sers un yoghourt aux pommes, histoire de justifier le détour. Et après tout ce petit cirque, lorsque je repose mes fesses sur le canapé trop moelleux, je me dis que pendant tout ce temps que je visitais l’appartement, des bombes ont éclaté, des gens sont morts, des voitures ont explosé, les riches sont plus riche, les pauvres sont plus pauvre, et que moi, avec un Petit Suisse dans la main et une cuillère dans l’autre, je n’ai rien foutu.
Alors soit je me dis que je ne suis vraiment rien dans ce Monde, comme vous tous, soit je culpabilise.
Et je finis par écrire n’importe quoi, parce que le n’importe quoi, les gens le lisent, le n’importe quoi, ça fait vendre, et si vous ne me croyez pas, demandez-vous pourquoi Closer est un magazine à la mode, et pourquoi on entend plus parler d’Elle que de Sciences Et Vie.
Et après votre petit instant de conscience, vous vous replongerez dans ce qui fait votre vie, votre boulot, vos enfants, votre mariage qui part en vrille, le loyer à payer, ou je ne sais quoi, et vous oublierez ce message après une quinzaine de minutes, parce que les gens n’aiment pas voir la vérité, ils n’aiment pas penser à la guerre quand ils sont à Ikea, le porte-monnaie bien rempli, ils détestent penser à la famine lorsqu’ils se tapent un brunch qui les condamnera à six mois de régime, et ils haïssent passer sur des chaînes de documentaire sur les ours polaires en voie de disparition pendant la mi-temps d’un match de Coupe du Monde.
Mais même si vous ne lirez que deux phrases d’un article paumé au milieu de votre navigateur, même si vous vous en ficherez comme de votre troisième trou de Jeans, je me serai dit que, pendant quelques secondes, vous y avez réfléchi, et je serai fière d’avoir aidé les gens à penser à autre chose qu’à eux-mêmes pendant cette demi-minute.
Innovateur : 404 Not Found
J’ai besoin d’écrire. Alors j’écris sans m’arrêter, et puis si ça donne quelque chose de compréhensible, je suis contente. Sinon, eh bien, c’est dommage.
Il y a quelque chose que je n’ai jamais compris chez les gens, quelque chose pour quoi je me battrai encore et encore, jusqu’à ce que quelqu’un daigne m’expliquer le pourquoi du comment. Il y a deux choses que nous savons. Tous.
Les gens aiment se faire remarquer.
Les gens ont peur d’attirer l’attention.
Maintenant, si vous prenez ce qui vous sert de neurones mais qui est très peu utilisé chez la majorité des personnes, vous comprenez que ce sont des paradoxes. Des paradoxes de taille, vu qu’on parle du style de vie de – au moins – soixante pour cent des gens de la Planète Bleue.
Or, il y en a qui ressortent, évidemment. L’objectif d’une règle, c’est qu’elle ait des exceptions, comme l’objectif d’un secret est qu’il soit violé. Enfin, objectif, nous nous comprenons. Les stars. Pas toutes, mais des stars. Pensez à elles. Lady Gaga. Katy Perry. D’accord, nous ne pouvons plus vraiment parler de star lorsque les voix sont en fait électroniques et que les habits sont en viande, mais quand même ! Deux personnes que l’on a remarquées justement pour ça ! Ok, elles font flipper. Ok, elles sont bizarres. Mais nous avons besoin de ça. Les gens aiment observer quelqu’un qui sort de l’ordinaire quand eux-mêmes restent dans l’ombre.
Est-ce qu’on peut parler d’Innovatrices ? Je ne sais pas. C’est difficile de voir un Innovateur, surtout à la télé, alors je dirai non. Pour ceux qui ne comprendraient pas, je suppose qu’ils n’ont pas lu Code Cool. ( Je viens de violer ma promesse de ne pas faire de pub, mais on passera cette fois-ci ) C’est un super livre écrit en langage ‘jeune’ ( contraire de Voltaire ou Jane Austen, si vous me suivez ) mais l’histoire est bien, elle parle de la hiérarchie des styles – ce dans quoi je suis actuellement plongée. Bref, un Innovateur est quelqu’un qui imagine un détail ( ex : des lacets en éventail ), le premier qui essaie. Aucune société de design ou de mode n’est une Innovatrice, car leurs habits ont été dessinés par des dizaines de stylistes, qui ont eux-mêmes pris leurs idées dans la rue, chez les personnes qui avaient vu un Innovateur, et qui l’avaient copié.
De ce fait, seul un petit pourcentage de la planète est un Innovateur. Et ils sont en voie de disparition.
Pourquoi ? Parce que les styles partent. Parce que ceux qui se rebellent reprennent des choses d’il y a vingt ans, parce que dans quelques années, les gens seront tous habillés en jeans et t-shirt noir. Mis à part les Londoniens, qui eux, sont une autre histoire.
Aller, vu que je viens de faire de la pub, je continue.
Parce qu’ils achètent leurs sous-vêtements chez H&M, se baladent en chaussures St Marina et mettent du Bulgari Classic – quand ce n’est pas du Hugo Boss.
Parce qu’ils croient qu’avec le gloss Chanel et le manteau Ralph Lauren ils ont l’air plus chic, parce qu’ils ne savent plus le sens de chic, parce que la mode c’est Femina, parce que le ‘hipe’ c’est Madonna.
Tout ça. Ils vivent d’exemples à recopier, ne gagnent que pour payer, se maquillent pour paraître plus jeune et ont entre douze et cinquante ans. Parce que tout ça, c’est nous.
Parce que tout ça, c’est comme on est devenus.
No one
Lorsque l’on me demande qui je suis, je réponds simplement par mon prénom. Tout le monde fait comme ça. Au mieux, nous avons le nom, et nous pouvons espérer avoir l’âge. Mais qu’est-ce que cela nous apprend ? Le nom est loin de faire la personne, et le nombre d’années n’indique carrément rien sur quelqu’un, il apporte juste un jugement relativement faux de la part du récepteur. Pas vrai ?
Alors pas de nom. Pas d’âge. Et encore moins de petites choses aussi futiles que le physique. Mais il était de mon devoir de faire une description. Parce que, au fond… on essaie tous de se différencier de la masse, mais lorsque l’on fait un pas en avant, on regarde toujours si celui d’à côté a fait pareil. C’est totalement stupide, parce qu’après on a le culot de se dire Innovateur car l’on a osé prendre le risque de mettre deux chaussettes de couleurs différentes. Alors que tout le monde le fait, ou presque.
Alors quoi ? Je n’ai pas envie de me différencier. Je me sens assez différente pour moi-même, comme je pense, je raisonne, et je vois que les gens n’ont pas les mêmes réflexions. Alors comment ils me voient, je n’en ai strictement rien à faire. Mais dans un blog, il y a toujours une présentation. Vous mettre dans le bain, quoi.
Soit, je ferai pareil.
Vous avez sûrement déjà compris que j’étais une fille ( dans le cas contraire, mon caractère devrait vous informer ). Je parle français donc j’ai de grandes chances d’être d’origine d’un pays tel que la Suisse ou la France ( encore là, le choix de l’ordre devrait vous aider ) mais j’ai plusieurs nationalités.
Et puis il y a LA question. Pourquoi est-ce que je fais ça ? Sincèrement, j’ai besoin de me vider. J’ai envie de crier au monde que je n’y comprends plus rien, de leur dire à tous ces hypocrites que leurs sacs Longchamps n’ont jamais aidé dans la vie à part être gradé dans une échelle sociale complètement truquée. Une véritable hiérarchie que tout le monde respecte, mais ne sommes-nous pas tous des Humains ?
Sur Facebook, une nouvelle phrase circule. Mais si, vous savez, comme toutes ces drôles d’expressions que tout le monde comprend car tout le monde les vit, alors que c’est normal, mais tout le monde aime quand même, parce que c’est normal d’aimer.
” Si toi aussi tu te sens étranger à ce Monde “
Il faut dire qu’il n’y avait pas de faute, une première. Si toi aussi commence légèrement à être écoeurant, mais je crois qu’il y en a encore pour un tour. J’ai lu cette phrase, deux fois, trois fois. J’ai bugé dessus. Et puis j’ai compris.
